L’évêque de Carcassonne admet que l’intégration des musulmans est ratée, mais veut plus de migrants.

« Un système basé sur le seul profit fait de l’autre un ennemi »

Le message de Noël de l’évêque de Carcassonne et de Narbonne, M gr Alain Planet, n’avait laissé place à aucune langue de bois quant à la « nécessité d’accueillir les migrants » (notre édition du 22 décembre). Nous sommes alors revenus vers l’homme d’Église, pour lui permettre de développer son point de vue au sujet de l’islam, de la peur, du rejet de l’autre…

Jusque dans les années 2000, l’islam n’était pas perçu en France de la même façon qu’il l’est aujourd’hui. La notion d’islamisme est venue bousculer celle de l’islam…

Je pense que l’islam était perçu comme une étrangeté, mais, nous étions encore dans le mythe du progrès. La pratique de l’islam était très faible, comme aujourd’hui, de l’ordre de 3 % je crois, mais surtout elle ne se manifestait pas, on ne la voyait pas. Elle devient problématique quand, après les échecs de l’intégration, une génération se revendique religieusement pour exister. Ce qui fait problème, c’est quand on se trouve devant des groupes qui contestent la société telle qu’elle est, et notamment ses fondements.

Un phénomène qui s’élargit à l’Europe semble-t-il…

Oui, et le plus grand repère que l’Europe a perdu, c’est la transcendance. Durant les XVIIIe et XIXe siècles, la transcendance c’est dieu. Suite à deux guerres mondiales, la seconde atteignant l’horreur absolue, il reste à savoir si la transcendance est encore possible. Le communisme ? La présence du goulag met à mal les choses. Puis l’Europe va embrasser le capitalisme libéral, qui aujourd’hui n’a plus d’opposition. Le principe du capitalisme dit qu’il faut obtenir la liberté pour tout le monde. En réalité celle-ci est toujours celle d’un certain nombre d’élites et les autres, tant pis pour eux. Il y a une transcendance, c’est le fric. Je suis un peu gauchiste, pardonnez-moi…

Quelle est votre conclusion ?

Que dans un monde sans transcendance, il n’y a pas de place pour l’autre. L’autre, c’est l’adversaire qu’il faut éliminer.

Aussi par peur ?

Le monde est en train de changer très vite et dans les périodes instables, la peur prend en effet sa place. Car l’irruption de l’inattendu est en fait le rappel de notre mort à venir. Quand, par-dessus le marché, le monde politique, pour cacher ses incompétences, construit des discours qui désignent l’étranger comme un risque, on installe alors un dangereux cocktail.

Lors de la présentation de votre « message de Noël », vous avez regretté la désormais possible intervention de la police dans les lieux d’accueils réservés aux migrants. Quelles conséquences entrevoyezvous quant à cette décision ?

Cela veut dire que les personnes concernées ne vont plus venir dans ces endroits. Donc on les laisse à la rue, aux mafias et aux violences. Et, à partir du moment où la police contrôle tout, qu’est-ce qui nous reste de la liberté ? Je ne conteste pas le droit à cette police de contrôler, il ne s’agit pas d’une position antiétatique. Il faut que de temps en temps, l’État se borne.

Que voulez-vous dire ?

Que, s’il est nécessaire d’assurer un ordre public, celui-ci ne peut pas être établi à n’importe quel prix.

Revenons aux notions d’islam et d’islamisme. Quelles différences distinguez-vous ?

Je crois surtout qu’il y a une distinction à faire entre le musulman moyen et ceux qui se revendiquent de l’islam pour justifier une « belle » mort, parce qu’ils n’ont pas eu de vie. Pour moi il n’y a pas de différence entre les islamistes d’aujourd’hui et les anarchistes de la fin du XIX e siècle. Autrement dit, des gens qui ne trouvent pas leur place dans la société. Ils n’imaginent plus d’autre solution que de « héroïciser » leur vie par la violence, en cherchant la mort, dans l’espoir qu’une fois mort, nous nous souviendrons d’eux…

La solution ?

L’une d’entre elles serait d’améliorer les conditions de vie en France. Enfin, la majorité des musulmans en France ne veulent pas faire sauter le panthéon quand même ! Je rencontre un certain nombre de musulmans qui ne me paraissent ni agressifs, ni dangereux, des braves gens qui mènent leur vie et qui travaillent.

Finalement, quel est le fond du problème ?

Une chose est claire, nous avons raté l’intégration dans les années 1970 et 1980. Lorsque la société ne vous reçoit pas, vous en construisez une autre en marge. Car comme je viens de l’évoquer, un système qui est basé uniquement sur le profit et la concurrence, établi forcément l’autre comme un ennemi. Heureusement, les gens n’ont pas que ça dans la tête. Heureusement, il y a encore quelques traces de pensées chrétiennes dans ce monde.


Source : L’Indépendant (page 11 – 11/02/2018)

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