IRMA : le constat d’un logisticien

Le gouvernement a préparé l’arrivée du cyclone Irma avec amateurisme inquiétant, révélateur de ses capacités à gouverner.

Le gouvernement était au courant 48 à 72h avant que le cyclone avait de grande chance de balayer les îles du Nord des Antilles avec des vents de 300 km/h. Il n’a pas pris conscience du danger et a sous estimé les dégâts potentiels. Ses mesures d’anticipation se sont limitées à pré positionner 1 à 2 hélicoptères Puma (40 ans d’âge) et un avion CASA en Martinique (un appareil sous dimensionné), sans vouloir pré positionner un autre appareil pouvant atterrir sur une piste courte.

Les secours condamnés au « brouettage »

En effet, les îles ont un accès difficile point de vue logistique. Du côté français, l’aéroport de Grand Case dispose d’une piste courte sans possibilité de faire le plein sur place. Le port est petit et ne permet que l’accostage de bateau de taille d’environ 100 à 200t. Le côté néerlandais dispose d’un grand aéroport, mais il a subi d’énormes dégâts qui ont neutralisé sa piste plusieurs jours. Saint-Barthélemy dispose d’une piste encore plus petite que Grand Case et un accès bateau limité. Donc, amener la logistique lourde sur place est un vrai défi. Cela explique le mal fou qu’ont les secours pour atteindre l’île car il faut faire ce que l’on appelle dans le jargon, du brouettage : transborder dans des vecteurs plus petits toute la logistique qu’apportent les gros porteurs en Guadeloupe. Un deuxième CASA arrive de métropole ou d’Afrique, sauf qu’avec « ses petites pattes », il fait des saut de puces pour arriver en Guadeloupe; Au bilan, deux à trois jours pour rejoindre « le théâtre d’action » !

Les bateaux sont aussi inadaptés obligeant à réquisitionner des bateaux barges civils ! Les anciens BATRAL bien pratiques ont été « océanisés » (coulés ou démantelés et retirés du service sans remplacement). Comble de l’imposture, l’A400M ne peut pas atterrir sur ce genre de piste car elle est trop courte ! Nous n’avons plus d’avion intermédiaire comme le Transall… Les capacités du CASA (6 tonnes) sont deux fois inférieures à celles d’un Transall ! On ne transporte pas grand chose dedans et le defuelling de carburant est dérisoire : de 2000 à 3000 l en fonction de la température de décollage, et encore maximum trois fois par semaine car sinon, on décharge trop les batteries et il ne peut plus repartir. Authentique ! Obligeant parfois, à charger en plus un groupe autonome de redémarrage qui obère 200 kg dans l’appareil, alors qu’avec 3000l, vous faîtes à peine le plein de 2 PUMA. On ne va pas loin avec ça. En plus, dès les premières interventions, un PUMA est tombé en panne de turbine à Saint-Martin. Pratique à remplacer sur place, quand on doit faire le tri entre l’urgence d’amener des bouteilles d’eau et de la nourriture et un moteur d’hélicoptère.

Du matériel hors d’usage et inadapté pour gérer ce genre de crise.

Les armées payent l’irresponsabilité des gouvernants successifs car nos avions ne sont, soit inadaptés (A400M), soit trop vieux (Transall et C130), soit pas adaptés et trop petits à la suite des coupes budgétaires. Et le résultat est là : des moyens inadaptés et des matériels à bout de souffle incapables de gérer une crise majeure.

La crise montre que l’armée française est passée du format « assurance tous risques » à celle d’une « assurance aux tiers sans les risques cycloniques ». On possède actuellement le deuxième type d’assurance. Il faut savoir que les armées ont le CASA à la suite d’un contrat d’armement en échange de bons procédés (marchandage). Mais rendons hommage tout de même aux forces engagés dans les secours qui font avec ce qu’ils ont.

 

Anatole Castagne


Source : Pour les nôtres

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